ENTRETIEN AVEC JAN BONAL
Entretien conduit par Eric Sebbag, en aout 1996, dans l’atelier de Jan Bonal.

regarddesetoiles

1- UNE RENCONTRE 
ou comment Jan Bonal s’interessa a la peinture
2- DIRE
ou comment Jan Bonal usait de supports pour dire
3- ECRIRE POUR REECRIRE
Ou comment Jan Bonal distingue l’Informel de l’Abstrait
4- DIALOGUER
Ou comment Jan Bonal joue de son ecriture pour discuter avec le reel
5- LE MYSTERE DE LA PETITE TOUCHE
Influences et problematique
6- ECAILLE, ECUME, ECORCE
les trois periodes informelles de Jan Bonal
7- LE TRAVAIL DE JAN BONAL
Approche et sujets
8-LES ECRITURES DE JAN BONAL
Peintures et poesies


UNE RENCONTRE 
ou comment Jan Bonal s’interessa a la peinture


Pourquoi etes-vous devenu peintre ?
Je me suis souvent pose cette question. Je me la suis posee en sanatorium. Sanatorium, pourquoi ? Parce que apres la guerre, la privation, … enfin, ca m’a amene la-bas. J’ai eu la tubardise, sans antibiotique, uniquement soignee par la chirurgie. Enfin, je m’en suis sorti ! Le sana a ete pour moi, une sorte de retraite ! Je n’avais aucune vocation auparavant, a devenir peintre. Je ne pensais pas l’etre, ou de devoir l’etre. Apres la guerre, je voulais, moi, comme beaucoup de jeunes de ma generation, voyager ! Donc, j’etais a la meteo, pour voyager, aller a droite, a gauche… J’avais meme contacte Paul-Emile Victor en 1947, mais c’est justement en 1947 (un peu avant meme) que je suis tombe malade et je me suis retrouve dans un sanatorium d’etudiants. Grace a cela, j’ai pu faire retraite, j’ai pu tater un peu de l’art : de l’art classique, de l’art...

C’etait pour vous distraire, pour eblouir quelqu’un ? Pourquoi avez-vous commence a peindre ?
J’avais un professeur qui nous enseignait la peinture, le dessin, professeur qui etait malade aussi, d’ailleurs. Comme tous les professeurs que nous avions, la plupart etait malade et donc, constamment avec nous, constamment a nous enseigner la peinture, l’art dramatique, la poesie, la philosophie, les mathematiques, la sculpture, etc. J’ai du faire un choix. Petit a petit. Ca m’est arrive de vouloir faire un peu de comedie, je me suis apercu bien vite que je n’etais pas fait pour ca ; j’ai tate un petit peu le modelage, je n’etais pas fait non plus pour ca ; et puis tout doucement, s’est immiscee l’idee que la peinture, le dessin etaient quelque chose qui avait beaucoup plus d’attrait que le reste. C’est ainsi que j’ai commence a peindre… a peindre des choses abstraites. Pourquoi des choses abstraites ? Parce que je n’avais pas de sujet devant moi, et puis peut-etre parce que c’etait aussi l’air du temps !

Vous regardiez des peintures a l’epoque ? Vous aviez une sensibilite pour les arts plastiques ? Vous aimiez des peintres ?
J’aimais bien les peintres, j’aimais bien tous les artistes, mais la peinture, pour moi, n’a pas ete une revelation, comme ca, subite d’une passion pour la peinture, non ! C’est quelque chose qui s’est deroule tout simplement, tout naturellement. A l’epoque, on sortait un peu du fauvisme, on sortait de l’expressionnisme. J’avais evidemment des renseignements, meme si je n’avais pas la possibilite de visiter les galeries ni les musees. Mes professeurs me montraient des catalogues.

Quel a ete le ´ debut ª ?
Alors, si on veut se projeter des le debut meme, au tout debut meme, il faut aller chercher bien loin, les racines, comme on dit !
Il faut aller chercher ma grand-mere qui jette son bleu de methylene dans sa lessiveuse et moi qui suis hypnotise par les flammes bleues qui s’y developpent. C’est ensuite, la meme grand-mere qui me dit : ´ 
regarde le sol, tu pourras trouver quelque chose ª. J’avais toujours l’œil sur les cailloux, les cailloux du chemin, sur le goudron…
Plus tard, en sanatorium, j’ai eu la revelation, et evidemment, c’est le point de depart, a mon avis... A cette epoque la, on avait quand meme l’occasion de sortir de temps en temps de sa chambre, de ces ´ cures de sommeil ª, comme on disait ! Ces cures de sommeil, qui entre parentheses, n’en etaient pas ! On n’avait pas le droit de dormir : l’infirmiere majeure venait nous voir et nous empechait, et de dormir, et de lire, et de faire quoi que ce soit : ´ il ne fallait surtout pas deranger le poumon ! ª De temps en temps, on nous donnait la possibilite de marcher, de sortir dans le village. Et c’est lors d’une de mes sorties que j’ai vu quelque chose qui est certainement le debut de ce qu’on peut peut-etre appeler une ´ vocation ª de peintre. J’ai vu une ferraille, un morceau de fer, comme celles du mur de l’Atlantique, quand on voit quelquefois sur des blockhaus, un fer, un fer rouille, qui a laisse echapper sa rouille sur le beton. J’ai appris, depuis, que c’etait l’orange de mars. C’est une couleur extraordinaire, l’orange de mars, une couleur de rouille que l’on retrouve parfois dans les feuilles de chataigniers, l’automne ! J’ai donc vu une ferraille et elle avait repandu son orange de mars sur du gris, le gris de la pierre…


DIRE
ou comment Jan Bonal usait de supports pour dire

Vous parliez de l’attrait tout particulier que la peinture avec pour vous…
La peinture est quelque chose qui est venu independamment, d’aucune autre influence -d’aucune autre influence- que de mon regard sur le papier. Je voulais m’exprimer, et pour ca, il fallait que je trouve le support qui correspondait a ce que je voulais faire.

Mais quand on veut s’exprimer, c’est pour exprimer quelque chose en particulier, pas pour s’exprimer tout court.
Je ne le savais pas, a cette epoque la ! C’etait tout simplement ma vie, que je voulais exprimer, bien sur : le peu que j’avais vecu, je voulais le retranscrire.

Qu’est-ce que ca veut dire ´ vouloir exprimer sa vie ª ?
J’en sais rien ! J’en sais rien, je veux dire, c’est un mouvement interieur. Chacun de nous, on veut exprimer, s’exprimer exactement.

Vous voulez dire, vous faire connaitre ?
Non ! Se connaitre soi-meme… Se connaitre soi-meme ! Par la suite, j’ai eu besoin de faire des expositions car j’avais besoin des autres… Mais ca, il me faudra des annees pour que j’en prenne conscience. C’est encore un autre phenomene ! Le premier phenomene, c’est que je voulais m’exprimer avec des supports qui soient les miens, avec des pigments qui soient les miens. Alors donc, j’ai du faire des recherches ! J’ai tout  employe : du carton, du verre…

Aviez-vous envie de montrer vos œuvres, a vos amis, a vos proches, ou vous les faisiez juste pour vous ?
Non, non, je n’avais pas cette envie la ! J’avais envie de m’exprimer, mais je ne savais pas pour quelle(s) raison(s). Le tout debut, si vous voulez, c’est quelque chose qui m’apparait comme tres obscur, dans cette affaire.

Et aujourd’hui, est-ce plus clair pour vous ?
Oui, c’est plus clair, parce que… il m’a fallu le temps ! Je ne savais pas que ce besoin de m’exprimer sur des supports differents, avec des pigments differents. C’etait une recherche d’ecriture ! Je ne le savais pas. Au contraire, meme : je pensais que ce que je faisais sur une petite feuille de papier, sur un morceau de verre, sur un morceau de fer, de bois, ca avait une valeur en lui-meme, c’est-a-dire que je pensais franchement, que c’etait ca qu’il fallait, que c’etait ca, la peinture !

Quand vous dites ´ une valeur en lui-meme ª, en soi donc, quel genre de valeur ?
Une valeur, parce que j’avais l’impression de me liberer sur un bout de papier, et ce, pas uniquement de mes seules angoisses. Ce n’etait pas qu’une liberation, c’etait une expression d’un vecu, d’une existence. Evidemment, a ce moment la, je peignais assez sombre, comme tous les peintres en general, d’ailleurs : ils commencent a peindre sombre, puis vont ensuite vers la lumiere. Eh bien, moi, je peignais sombre sur du papier. C’etait l’expression d’un passage, l’expression d’un vecu, d’une existence -qui etait courte : j’ai commence en sana a 18/19 ans. Apres, bon, j’ai rechute, et j’ai continue… J’ai eu une existence en dents de scie. J’ai fait tous les metiers, representant de commerce… Mais toujours, la peinture m’a suivi, plus ou moins.



ECRIRE POUR REECRIRE
Ou comment Jan Bonal distingue l’Informel de l’Abstrait

Pourriez-vous expliquer votre grande theorie selon laquelle l’informel se distingue de l’abstrait ?
Il s’agit essentiellement d’une distinction theorique : il y a des peintres abstraits qui sont informels et des peintres informels qui sont abstraits… La difference est seulement theorique ! C’est-a-dire que le peintre abstrait a pour theorie de n’avoir aucune reference avec le reel ! Aucune, aucune. Vous pouvez distinguer cela dans les ecrits de Georges Matthieu, par exemple. C’etait d’ailleurs une resurgence -un peu- de la parole d’Andre Breton, le surrealiste : ´ je veux tordre le cou au reel. ª. Je me souviens des annees 50 et 60 o˜ les marchands de tableau refusaient -refusaient !- les œuvres abstraites -dites abstraites- qui avaient une petite connotation realiste, avec la forme exterieure. Ca m’est arrive, a moi qui pensais effectivement etre un peintre abstrait ! Alors que la theorie de l’abstraction est de n’avoir aucune reference avec le reel, celle de l’informel, au contraire, s’en reclame ! L’informel se reclame du reel !

Finalement, vous ne la deniez pas, cette reference avec le reel.
Je ne savais pas ce que j’etais a l’epoque. Je pensais etre abstrait, mais maintenant je suis sur que je ne l’etais pas. Parce que… -encore une affaire ´ theorique ª- j’ai trois periodes, qui ne sont pas forcement distinctes les unes des l’autres, qui s’imbriquent les unes dans les autres, et qui montrent bien que, si je ne vois pas la forme, c’est parce que je suis a l’interieur d’elle ! Donc, je ne renie pas la forme, je ne renie pas l’arbre qui est devant moi. Seulement, ce qui m’interesse en lui, c’est l’ecorce. Toute sorte de revetement m’interessait a ce moment la, d’ailleurs. C’est ca, l’informel : pouvoir puiser dans l’informel, sa propre ecriture, son propre langage.

C’est donc une reference aux textures naturelles, si je comprends bien.
Oui, l’ecorce, l’ecaille, l’ecume : telles etaient mes references. Je pensais que le fantastique, en realite, est dans la realite, dans le reel. Point n’est besoin de faire appel au reve, au surrealisme, pour trouver le fantastique. Je trouvais justement, que le fantastique, etait cette ecorce, que je regardais ou que je voyais vivre, qui bouillonnait de vie, avec cette seve nourriciere qui montait, ces petits insectes, ces larves qui glissaient sur l’ecorce… C’etait tout un monde pour moi !

Dans l’abstraction, il me semble que l’un des projets, est de montrer quelque chose qui en soit n’a jamais ete montre, de reveler quelque chose qu’on ne voit pas par ailleurs…
Ce n’est pas mon intention.

Justement, vous, votre intention est osee : vous proposez une representation de choses que vous avez deja vues, des details, des textures, mais des choses qui sont reelles… Alors pourquoi les representer, puisqu’elles existent deja ?
Elles existent en dehors de moi, mais apres avoir ete digerees en moi, c’est-a-dire apres que je les ai vecues, elles ont un aspect different. Et c’est justement ce qui est l’expression meme des individus.

Vous concevez le role du peintre comme une sorte de demiurge ?
Non pas de demiurge, mais comme un ´ recepteur ª qui ´ emmagasine ª, peu a peu, et qui ´ transforme ª, qui ´ restitue ª suivant sa propre existence. Et c’est un besoin justement ! Je ne le savais pas. C’est un besoin de s’exprimer d’une maniere ou d’une autre. Je suppose qu’il y a plusieurs raisons, mais il y a une raison majeure : il y a un reel besoin de se repandre, de s’agrandir, d’acquerir du territoire, en toute chose. Evidemment, en ce qui concerne la peinture et les autres arts majeurs, comme on les appelle, il y a une question d’authenticite, de veracite de l’etre qui doit sortir et qui doit etre reconnu quand meme, reconnu comme etant quelque chose de vraiment authentique. C’est pour ca d’ailleurs, qu’on a besoin des expositions : c’est parce que ce sont les autres, le regard des autres, qui vous dit, si on l’a ete ou pas. Donc ce n’est pas quelque chose de gratuit ! C’est l’essence meme d’une existence. On peut employer la peinture pour ca. Pour moi, quelqu’un qui traduit bien, apres avoir assimile, est un artiste automatiquement.

Quand avez-vous pris conscience que vous etiez un peintre informel ?
Lorsque certains ont voulu pretendre que l’abstraction etait quelque chose sans reference avec le reel, je me suis insurge et je me suis dit : ´ il y a quelque chose qui n’est pas tellement authentique dans cette demarche theorique : elle est faussee ! ª Je n’en ai pas cherche la raison. Je pense que c’est le leurre du surrealisme. En effet, les peintres qui ont succede au surrealisme pensaient que le reel etait quelque chose de malefique, pour l’etre, pour l’artiste. Moi, je pense le contraire : le reel -c’est-a-dire tout ce qui vous entoure- est notre nourriture. Cette nourriture, vous la recevez de votre entourage, de la realite qui vous entoure, de tout !

DIALOGUER
Ou comment Jan Bonal joue de son ecriture
pour discuter avec le reel


C’est en raison de cette reaction contre l’abstrait, finalement que vous vous etes rapproche de la figuration : progressivement ?
Ce n’est pas pour cette raison. Au bout d’un certain temps, 10 ans quand meme : de 1955 a 1968, grosso modo, parce que j’avais commence bien avant, et j’ai continue jusqu’a maintenant a faire de l’informel, comme des gammes… Au bout de 15 ans d’existence en tant que peintre, donc, j’ai eu conscience d’avoir ´ en possession de moi ª, une ecriture, c’est-a-dire un vocabulaire et une grammaire. Pour un peintre, un vocabulaire, ce sont des couleurs, ce sont les lignes. Une grammaire ? C’est l’harmonie et la composition. En fin de compte : j’avais un langage. Apres etre passe dans plusieurs periodes -l’ecaille, l’ecorce, l’ecume : je pourrais ouvrir des parentheses sur ces trois periodes informelles-, je me suis apercu que j’etais en possession d’un langage. Si on veut laisser ce langage a la traine, il deviendra une langue morte ! Alors, je me suis dit : ´ il faut que je l’utilise. Mais avec quoi ? Avec qui ? ª Tout naturellement, -tout betement- je me suis dit : ´ ecoute, tu as recu toute ta nourriture de l’arbre, des gens qui t’entourent, des maisons, des villages, du ciel, de l’eau, il serait quand meme normal, maintenant que tu as un langage, de discuter avec eux ! ª. C’est la qu’est intervenue mon ´ apparition figurative ª ! En fait, je m’en foutais completement de l’abstrait, de la ´ theorie de l’abstraction ª.

Alors c’est une sorte de dialogue ?
Voila. Voila d’o˜ vient le sens du dialogue, refuse d’ailleurs durant toute cette periode.


DU MYSTERE DE LA PETITE TOUCHE
Influences et problematique

Vous decrivez l’informel, comme un courant pictural a part entiere, mais etes-vous le seul peintre informel.
Oh, non, il y en a beaucoup.

Des noms ? Des œuvres ?
Il y en a beaucoup parmi les peintres dits ´ abstraits ª. Andre Malraux a dit de George Matthieu : ´ enfin, un calligraphe occidental ª. Ok ? Et lui-meme disait : ´ je ne veux avoir aucune reference avec le reel ª. J’ai vu dans des marais poitevins, et aussi en Camargue, des roseaux qui se pliaient dans l’eau et c’etait du George Matthieu tout crache. Donc des peintres informels, il y en a partout. Les plus specifiques, je citerais Jackson Pollock, un peintre americain, comme toute l’ecole ou presque, de Barcelone : Tapies…

Donc vous citez les peintres les plus abstraits…
Comme je vous l’ai dit, c’est une affaire de theorie ! Ma theorie, c’est que ma nourriture, je ne la recois que de l’exterieur ! Seulement, je l’assimile et je la restitue avec mon existence. Ce serait vraiment ingrat de rejeter toute la nourriture que je recois et d’eviter le dialogue…

Chez les abstraits, il y avait egalement une problematique qui est celle de l’originalite. Comment vous situez-vous par rapport a cela ?
Pour etre original, il suffit d’etre soi-meme… c’est tout !

J’ai montre vos œuvres a quelques amis. Spontanement, il leur venait des references comme Seurat, comme les impressionnistes. Comment vous situez-vous  par rapport a ces reactions ?
Je ne renie pas mes references d’avec Seurat, les impressionnistes et les autres ! Les autres ! Je ne refuse aucune influence. Seulement, j’aimerais que l’on reconnaisse -et c’est justement le but de mon CD Rom- ma part. Elle est petite, elle est minime, c’est pour ca qu’on ne la voit pas toujours, et c’est pour ca, que je veux la faire voir. En ce qui concerne les pointillistes -c’est toujours une affaire de theorie, d’ailleurs : la theorie de Seurat ou de Signac, c’etait de placer un bleu a cote d’un rouge, pour donner a lire un indigo-, j’ai fait le choix de la petite touche, c’est vrai, et ce, apres bien des tourments (ce n’est pas venu tout de suite). C’est devenu mon langage. Il est evident que je me suis un peu acoquine avec les impressionnistes, et les divisionnistes, et les pointillistes, mais voila : cette petite touche, on ne la retrouve pas que chez eux, on la retrouve chez Corot, et chez mon maitre : Gorgionne. Cette petite touche a une autre signification pour moi. Apres avoir courtise pendant tant d’annees l’ecorce, l’ecaille, ou l’ecume, j’essaie ou plutot j’ai l’impression - je ne sais pas pourquoi- que chaque chose, chaque etre, est entoure d’un petit voile, de ´ quelque chose ª. Je n’en connais pas sa nature, mais c’est ce que je veux placer sur les toiles : cette aura qui entoure les choses et les etres. Seulement voila : je n’y arrive pas tout le temps ! D’ailleurs, c’est toujours un echec… parce que le peintre est toujours en retard sur la vie ! Donc, je continue a peindre parce que, justement c’est toujours un echec. J’espere qu’il n’arrivera jamais le jour o˜ j’arriverai a peindre une des plus belles phrases d’Aragon (lequel n’est pas forcement dans mes ´ cordes ª politiques), celle o˜ il dit : ´ il me reste si peu de temps pour arriver au bout de moi-memeª. Ca, c’est la phrase-cle qui fait l’artiste. Il faut toujours essayer d’aller au bout de soi-meme, on n’y arrive jamais, mais celui qui te regarde, il regarde ce que tu fais ; lui, il le sait, parce que quand on essaie de savoir (on a un bleu qui nous est propre, un rouge qui nous est propre, une ligne qui nous est propre, une composition qui nous est propre) quand on l’atteint, quand on essaie de l’atteindre, quand on y arrive presque, c’est la o˜ se situe le moment emotionnel de l’oeuvre d’art et c’est le langage que tout le monde connait, que tout le monde comprend.

Si on reprenait un a un, les peintres que vous avez cites, pourriez-vous en faire une analyse ? Le mouvement qui se passe autour de Corot aujourd’hui, ou de Cezanne hier, par exemple…
Il y a un element important dans l’expression. On est influence par pas mal de choses. D’abord, on a en nous, des genes qui circulent et qui sont detenteurs de couleurs. C’est un capital. Ensuite, il y a ce que l’on fait sur cela, sur ce quelque chose qui est inne. Il y a l’acquis, c’est-a-dire le vecu, votre existence, qui depend de l’histoire. L’histoire est partout… quand on veut bien la voir ! Matisse disait : ´ il y a des fleurs partout, il faut les voir ª. Mais il faut voir aussi l’histoire, il faut voir les choses qui se deroulent, il faut etre sur l’ecume. Il n’y a rien d’innocent dans l’expo que l’on fait. Il n’y a rien d’innocent quand on expose Vermeer, parce que Vermeer, c’est le retour flagrant entre ce que dit le peintre et ce que dit son entourage, avec quelque chose en plus, justement : cette notion celeste des choses, l’entourage des choses et des etres. Nous sommes en plein dedans actuellement. Pendant toute une periode, jusqu’a l’informel, on a l’impression que c’est le peintre qui monologuait. Tout d’un coup, apres l’informel, se situent deux periodes cles, d’un point de vue historique : le pop art et le liberalisme. On a l’impression qu’au contraire, c’est le sujet qui prend la parole. Et maintenant, il faut, je pense, qu’il y ait un dialogue entre ce que dit le monde exterieur, et ce que doit dire ou devrait dire le peintre. Ces grandes expositions que l’on fait des grands artistes confirment le mouvement historique dans l’art.

Y a-t-il des peintres qu’aujourd’hui, vous qualifieriez de ringards ?
´ Ringard ª a un sens. On est d’autant plus ringard que lorsqu’on n’a rien a dire. On peut tres bien revenir a des tendances picturales depassees si on a un apport nouveau, s’il y a une existence, qui est la omnipresente, et qui s’inscrit bien dans l’œuvre. Si ce n’est simplement que pour faire un ´ neo- quelque chose ª, sans que l’on est vecu le temps qui a passe, assimile ce temps et toutes les influences recues, alors, ca n’a aucun sens. On peut dire alors ´ ringard ª.

1870 - 1970 ?
1870 - 1970… Parlons-en ! Voila ce que je pense de l’histoire de l’art, d’un siecle d’art. Prenons la metaphore du volcan pour expliquer un siecle de peinture ! La source meme de mes peintures... Chaque periode du volcan coÔncide avec chaque tendance picturale !
Au debut, il se fait reconnaitre, car la lumiere etant la plus rapide qui soit dans la monde, c’est la lumiere qui s’echappe, et embrase le ciel. Pour moi, c’est l’impressionnisme (1874 : premiere exposition impressionniste).
Ensuite, il y a cette remontee de la roche en fusion, qui me rappelle historiquement le fauvisme et l’expressionnisme, avec ces jaune souffre, ces bleus de forge, ces rouge vermillon, qui explosent carrement.
Puis, le volcan detruit tout sur son passage, meme si par la suite ca fertilisera, c’est sur, mais en attendant, il ecartele, il cisaille, tout comme le surrealisme ou le dadaÔsme, qui veulent eliminer le reel (voir la theorie de Breton qui veut tordre le cou au reel). Il y a egalement ce constat de dire que dans les reves, il n’y a rien que le reve, il n’y a rien d’autre. Il fallait que la forme exterieure soit dilapidee, ecartelee, etc.
En fin de compte, ca me semble tellement logique, tout cela ! On tombe alors dans l’abstraction, qui est fille du surrealisme, toujours du point de vue theorique. Je n’ai pas parle du cubisme, mais c’est pareil. Toutes les tendances picturales de ce siecle se sont ingeniees a eliminer peu a peu la forme, c’est-a-dire le modele ou le motif du peintre.
Est ensuite venue la retombee des cendres : c’est la, que personnellement, avec ma petite carrure, j’apparais : c’est le tachisme… la pluie des cendres.
Vient donc l’informel, o˜ j’essaie de m’exprimer le moins possible, puis la coulee de larve ! Encore une difference d’ailleurs : l’informel peut se differencier de l’art abstrait en ce sens qu’il commence a prefigurer l’apparition du pop art. Comme la coulee de lave, qui devient fertilisante, on commence a voir apparaitre sur les coulures de lave, des plantes pionnieres. Je pense que dans l’informel commence a apparaitre le pop art. Le pop art, ce sont des baigneurs que l’on prend et que l’on met dans une vitrine, ou c’est une chiotte qu’on entoure d’un cordon comme a Versailles et que l’on installe au musee Pompidou. On veut revenir au reel, on veut revenir a la forme tout simplement et on ne prend pas des moyens picturaux pour le faire. Eh bien, dans l’informel, il y a deja des petits baigneurs qui se baignent dans la coulee de lave...

ECAILLE, ECUME, ECORCE
ou les trois periodes informelles de Jan Bonal

Si on revient a votre theorie : comment l’informel cree-t-il la forme, comment l’un justifie-t-il l’autre ?
L’informel cree la forme... Dans l’idee que j’ai eue a un moment donne, que l’Informel creait la forme… Cezanne disait -tout ´ benetement ª- : ´  la peinture, c’est une theorie mise au contact de la Nature ª.

Quelles sont vos periodes informelles ?
L’ecorce, l’ecaille, l’ecume, ca vient des trois periodes que j’ai vecues dans l’informel. Pendant que je faisais de l’informel, je trouvais que mes tableaux avaient une valeur en eux-memes. Au bout de 15 ans, je me suis trouve avec une ecriture qu’il fallait que j’emploie. Cette ecriture est faite de toutes les asperites, et pas seulement des asperites, pas seulement les particules, mais aussi les metaphores qui s’y tiennent. Par exemple : l’ecume. Quand je regardais l’ecume, je ne voyais pas la mer, meme si je savais qu’elle existait, bien sur. Ce qui m’interessait, c’etait l’ecume. Avec le recul, je m’apercois que cette image etait porteuse d’un sentiment tres humain : le cote ephemere de la vie. L’ecume est ephemere, voila un mot qui va avec l’ecume ! Il surgit une lueur, presque instantanement, et elle disparait dans l’instant, comme une biere ou un champagne. Elle disparait dans un sable qui est l’ecaille. Je pense qu’il y a des choses qui marquent. J’essaie de les reproduire, parce qu’elles portent en elles une consonance humaine. L’ecume, ca a une existence tres courte, et elle arrive a s’exprimer !

Vous pensez que le monde reel parle ?
Oui, il est porteur d’un message. Par exemple, quand j’avais 30 ans, j’ai fait du ski. On etait du cote de Courchevelle. On faisait du ski sur une montee qui s’appelle La Lauze. Il y avait des rochers en haut de la montagne. Ce jour la, le moniteur nous expliqua qu’en haut, dans la roche meme, il y avait des fossiles de petites vaguelettes. Vous vous rendez compte, cette extraordinaire impression qu’on a -j’etais peintre informel a ce moment la- des vaguelettes a l’existence ephemere, qui arrivent a s’inscrire sur la roche et a etre reconnues comme telles, comme ayant existe il y a des millions d’annees ? Ca, c’est le genre de relation que l’on peut avoir avec l’informel. Ca depasse le cote uniquement esthetique.

Est-ce que ca ne releve pas de l’emerveillement face a la Nature ?
Absolument ! il y a un pouvoir d’emerveillement chez les artistes, -enfin, je l’espere en tout cas- un pouvoir d’emerveillement et de surprise. Il y a aussi le fer qui tombe dans la pierre grise. Ca aussi, c’etait un emerveillement. Maintenant, l’ecaille… c’est quelque chose de fantastique : quand on regarde sa propre peau, ecailleuse, qui est une resurgence des dinosaures, n’est-ce pas ? ! Quand on regarde cette ecaille qui se trouve dans les ailes de papillon et qui, quand on les prend dans les doigts, se transforme en ecume ! J’ai ecrit un petit poeme, quand j’ai ete en sana. C’est curieux comme les choses ont un corps immuable, qui arrive a circuler ainsi, d’une generation a l’autre. Quand j’ecrivais ces petits poemes -on devait etre un petit peu actifs, quand meme, puisqu’on ne pouvait, pendant les cures de sommeil, ni lire, ni ecrire, ni barbouiller ! J’ecrivais des poemes, j’avais peut-etre des dispositions pour ca ! (J’en ai ecrits beaucoup et j’essaie de les recueillir en ce moment.) Je me suis d’ailleurs servi de certains d’entre-eux pour la retrospective qui a ete faite de mon Informel, au Chateau d’Eau a Montpellier. J’avais un petit poeme : ´ D’etincelantes limailles / Jaillissent De l’enclume /Tandis que sur l’ecaille / Vient se jeter l’ecume ª. C’est curieux que 10 ans apres, dans mon Informel, je retrouve cette impression la.

En contemplant du sable, de la neige, de l’ecume, une matiere du reel…
- Des revetements
… distinguez-vous des formes qui vous sont explicites ?
Oui, en partie. J’ai toujours pense que les revetements des choses etaient le reflet des conflits interieurs. Je les utilise donc comme tels. Il est certain que lorsque je vais faire un petit tour dans le bois de Vincennes, je vois des troncs extraordinaires : il y a, comme chez les hommes, des troncs qui sont burines par le temps, d’autres qui portent les morsures du temps. C’est charge d’un etat d’ame, que je ne peux pas l’evacuer.

Quelle est la distinction entre les trois matieres qui structurent votre œuvre ?
Il y a un prefixe qui m’a seduit : ´ ec - ec - ec ª. Il y a aussi le fait que ce soit impalpable. Je peux vous raconter aussi des histoires sur chacune des periodes.

A la lumiere des trois definitions de chaque matiere, j’ai l’impression qu’en regardant vos toiles, il n’y a que vous qui puissiez dire a quelle periode elle appartient !
Peut-etre ! Surtout lorsque ca devient de plus en plus tenu ! Vous savez, on commence toujours par l’art brut, et puis on arrive vers un art plus sophistique, qui est considere comme le classicisme. Tous les peintres sont comme ca. En fait, j’ai des archetypes de chaque tableau. Un tableau comme celui-ci, c’est tres ´ ecumien ª ! On ne peut pas dire, ca aussi, c’est l’ecume ! La, (ndlr : Jan Bonal indique un autre tableau), vous voyez toute la difference, avec ce qui est l’ecorce ! Il n’y a pas que l’ecorce des arbres, n’est-ce pas ? Il y a l’ecorce des vieux murs, l’ecorce des chemins, il y a des chemins creux, etc. C’est une difference de matiere, tres exactement ! Pour ce qui est de mon langage a moi, ce sont des apports, qui font que le langage atteint une certaine plenitude quand je les utilise tous les trois. Quand, dans un tableau, je situe aussi bien l’ecorce, l’ecaille que l’ecume, j’ai l’impression que j’ai atteint ce que je voulais atteindre, meme si ce n’est qu’une illusion !

Est-ce que vous reniez certaines de vos œuvres ?
Toutes !



LE TRAVAIL DE JAN BONAL
Approche et sujets

Travaillez-vous avec la photo ?
Je travaille avec tout ! En ce qui concerne les facons, maintenant que j’utilise le monde exterieur comme partenaire, (je l’ai toujours utilise, c’est vrai, mais la, j’utilise la forme), il est certain que j’ai plusieurs facons de discuter avec la forme. Je me souviens d’un tableau que j’ai pu peindre, a la suite d’une rencontre que j’ai faite sur l’autoroute : il y avait deux chevaux, devant une cabane. J’etais a 140 a l’heure sur l’autoroute. J’ai flashe terriblement : tout etait bien compose, comme moi, j’aurais voulu que ce soit. Alors, bien sur, une fois qu’on est a l’atelier, on peut rediscuter un peu des couleurs, des lignes, de la composition, mais la ´ petite sensation ª, comme dit Cezanne, reste. On a l’impression que ce paysage etait la pour vous, qu’il etait fait pour vous. Il y a eu une rencontre, des chemins de rencontre. C’est la memoire qui joue a ce moment la. Quelquefois, j’ai le temps de faire un croquis. Quand j’ai moins de temps, j’ai l’appareil de photos. Ensuite, des le depart, je m’installe devant la photo, exactement comme si je m’installerais devant le paysage, c’est-a-dire en essayant d’elaguer tout ce qui est inutile, tout ce qui ne m’appartient pas, puis en essayant de discuter avec les couleurs. Voyez, par exemple, ici, devant cette bouteille… elle me dit : ´ je suis de telle forme, je suis de telle couleur, et la lumiere me vient de par la. Veux-tu discuter avec moi ? ª. Je dis : ´ toi, tu es belle, j’aime bien te sentir et la, je vais te peindre, on va discuter ensemble. Mais tu vois ton vert, la, je prefererais qu’il y ait un peu plus de vert veronnese a l’interieur de ton verre, parce que tu t’approcherais a ce moment la de mon vert a moi, et on aura discute ensemble : tu m’auras dit ce que tu as a dire, et moi, je t’aurai ajoute quelques mots a la conversation ª.

Si on regarde l’ensemble de votre œuvre, on retrouve souvent deux passions, que sont les echecs et les femmes. Quel genre de discours avez-vous les uns avec les autres ?
J’ai un grand defaut, un tres grand defaut -je le sais- mais je ne peux pas m’y soustraire : j’aime trop la variete. J’aime trop la variete ! En plus de ca, j’ai une pretention : j’estime que mon ecriture et mon langage me permettent de ´ peindre ª toute chose, toute chose que j’aime, bien sur, toute chose qui me fait de l’effet, toute chose qui m’attire. J’etais joueur d’echecs ; il etait donc tout a fait normal que je peigne mon entourage : les joueurs d’echecs, les natures mortes sur les echecs, etc. Comme mon gros defaut est la variete, mes sujets sont de trois, quatre, ou cinq ordres differents. C’est ce qui ennuie ma ´ promotion mediatique ª… parce que les gens aiment bien que je me repete, et les marchands de tableau aussi ! Oh, vous ne pouvez pas vous imaginer : des qu’un tableau marche, eh bien, il faut en faire cent de la meme lignee, et ne pas s’en ecarter, surtout pas ! Et moi, c’est mon defaut : je m’en ecarte tout le temps ! J’ai tendance a peindre ce qui me plait -et beaucoup de choses me plaisent dans la vie- alors, evidemment, j’aurais tendance a ne pas me cantonner a un meme sujet. Les femmes et les echecs sont lies. J’aime les femmes et les echecs de la meme facon. A la verite, j’aime tout ce qui est charge d’ame ! C’est pour ca que je fais de vieux paysages, et des jeunes filles aussi ; encore quelque chose qui peut paraitre disparate, mais qui ne l’est point parce que j’aime. Par exemple, Central Park. J’ai bien aime Central Park au milieu de New York, j’ai bien aime ce coin la, avec la palissade rouge. Ca m’a rappele peut-etre mon pays, j’en sais rien.


Et comment ca se passe, avec les jeunes filles ?
Elles posent d’une facon curieuse. Comme cette scene du paysage de l’autoroute, nous avons des influences qui nous arrivent constamment, des influences colorees, mais aussi des influences d’ordre social, affectif, esthetique ou autre. Quand je n’ai pas ma palette, et donc mon pinceau, et que je ne suis pas devant le chevalet, je circule dans la rue, o˜ je suis influence constamment : je rencontre un visage, un regard et je l’assimile, je le fais mien, parce que je l’ai vu, je l’ai vecu. A un moment donne, il se retrouve au bout de mon pinceau.

Vous peignez de memoire ?
Beaucoup. De plus en plus. La memoire s’eduque et la memoire du peintre aussi. En fait, je suis plus complexe : souvent la jeune fille que je peins est le resultat de plusieurs jeunes filles, c’est-a-dire qu’elle a le regard de l’une, l’oreille de l’autre, le contour de l’œil d’une troisieme, etc, etc. Peut-etre cela participe-t-il du fantasme masculin, comme vous dites ! C’est un de mes fantasmes.

Vous voulez dire que toutes les jeunes filles qui contemplent sont des hybrides…
- En quelque sorte.
Vous ne les avez donc jamais rencontrees autrement que sur la toile.
Oui. Elles seraient elles-memes tres surprises d’etre habillees par une robe ou un accoutrement qui n’appartient ni a Givenchy, ni a Saint Laurent, et qui est le mien. Ce qui est valable pour son accoutrement est aussi valable pour son chapeau, et pour son regard, et pour son nez, et pour ses cheveux, etc. C’est le mien : c’est ma fille ! Elles sont toutes mes filles… mais c’est souvent Made. Made, c’est ma femme que j’ai perdue en 1982 et qui fait partie de tous mes tableaux, bien sur. La, c’est Made avec mon petit lapin Fifi.
Vous etes dans l’atelier et vous regardez mes tableaux tels qu’ils sont maintenant. Mais je pense que vous seriez surpris, si apres avoir vu ces tableaux la, vous assisteriez a une exposition de mon art dit ´ Informel ª et que je n’ai malheureusement pas ici, a l’atelier. Ils sont confines dans le Midi, parce que je viens de faire une serie d’expositions a Montpellier, a Bedarieux, a Meze… Alors, je vais vous montrer quelques photos de la periode ´ Informel ª. Ca, c’est Ecumia, ca, c’est Ecorce… Maintenant, voila un tableau actuel que j’ai fait photographier en noir et blanc : on voit l’ecriture informelle qui est la, et qui s’infiltre automatiquement et que l’on ne voit pas immediatement !

LES ECRITURES DE JAN BONAL
Peintures et poesies

Ce tableau s’appelle
Pigments de la zone sur risorel. En realite, c’est une periode ecorce : ´ J’epouse toutes les formes / Je m’habille de mes couleurs / Des lignes en arabesque me font escorte / Je respire l’haleine mysterieuse des etres vivants / Et les rayons de tous les astres eclairent mon logis. ª

Pigments de la zone & huile sur toile  :
´ Terre de Cassel, Terre de Sienne brulee / Orange de Mars / Qui etes-vous ? / Des paysages reves ? Des ombres et des lumieres ? / Des natures mortes ressuscitees ? / Des chemins colores o˜ fleurissent les fumeterres. ª

Pigments et huile sur risorel :
´ Aplats blancs aux traits noirs incertains / Resines bleues de nos troncs millenaires / Dunes aux cheveux verts / Trouees profondes des chutes sur le marbre / Ecorce dessechee sur le flanc des grands arbres / Brunes aux huiles des fours et crispantes sirenes des beaux jours. ª

Pigments de la zone & huile sur risorel :
´ Mes larmes suintent de la roche moiree / glissent sur la mousse aux six limbres pendants / je bois les humeurs froides de ce sang decolore / et pars vers les deserts asseches o˜ m’entraine le vent. ª

Encre de couleur sur papier :
´ Graines au vent des metamorphoses / Objets d’art savant graves sur bois de rose / Or et cuivre rouges des ivresses / Serres surchauffees de plantes en detresse / Tresors de seve coloree en deuil / Ainsi tombent les feuilles. ª

Je ne vais pas vous faire pleurer, quand meme !

Plastistique - Huile sur risorel dur :
´ Poussiere, poussieres de comete, sur un trottoir gluant / ruisseaux, ruisseaux de vermeil o˜ brillent les voyages / Goudrons, goudrons de nuit humide et noire / Mur au nuages blancs enfumes / Ciel aux haleines perdues : jeune ciel. ª

Plastistique sur paillasson :
´ Une lueur sous la porte. ª

Pigments de la zone et pigment de mortier sur risorel
O˜ vont-ils ces pourpres et ces ombres celestes ? / Ces verts violets des vignes de l’automne ? / Ces bleus blancs et gris des ciels flamands ? / Ces recifs frappes par les barges bretonnes ? / Et le noir des goudrons sur leurs glacis gluants ? / O˜ va-t-il le regard des amants ? ª

Huile sur toile : Ecume… bleue
´ D’etincelantes limailles jaillissent de l’enclume tandis que sur l’ecaille vient se jeter l’ecume. ª

Huile sur toile : ce ne sont que…
´ Ce ne sont que continuelles metaphores / qui sitot surgies disparaissent en claquant des ailes : / les arbres a ramiers en sont tout assourdis. ª